Le célèbre Maguid de Dubno enseigna la parabole suivante :

Un père avant trois fils qu’il avait élevés et éduqués sur la voie de la droiture et de l’honnêteté pour faire d’eux des êtres dignes devant D.ieu et devant les hommes. Mais une fois devenus adultes, donc en âge de mener leur propre existence, ces fils en vinrent, pour diverses raisons, à adopter une conduite qui n’était pas conforme à leur éducation. Ceci leur valut naturellement les reproches de leur père, qui s’efforça d’exercer sur chacun d’eux une bonne influence. En vain, car tous trois rejetèrent brutalement ce qu’ils considéraient comme une intolérable ingérence de leur père dans leur vie privée, arguant qu’ils n’étaient plus des petits enfants placés sous sa dépendance. Voyant que ses enfants prenaient leurs distances de lui, le père résolut de rompre tout contact avec eux et d’aller s’installer dans une autre ville. Cela ne l’empêcha pas pour autant de s’enquérir régulièrement, bien qu’indirectement, du sort de ses enfants ; il se maintenait ainsi au courant des faits et gestes de chacun d’eux. 

Un jour, il apprit que ses enfants avaient contracté une grave maladie. Il s’empressa aussitôt de dépêcher auprès d’eux un médecin de grande renommée. Celui-ci se rendit chez les trois malades, et leur annonça qu’il était tout disposé à les soigner. Chacun des fils lui réserva un accueil bien différent. 

Le premier se montra fort heureux de la visite du praticien, à qui il manifesta une profonde considération, se déclarant même prêt à le payer très cher en échange de ses soins. 

Chez le second fils, le médecin rencontra beaucoup moins d’émotion. En fait, pas la moindre marque de joie ou de considération. Après que le médecin lui eut exposé le but de sa visite, le fils se borna à lui répondre : « Écoutez, docteur, moi, je ne vous ai pas demandé de venir me voir. Mais puisque vous êtes déjà sur place et que vous désirez vous occuper de moi, faites, je vous prie, comme vous l’entendez. Je ne m’opposerai pas à votre traitement, et je me plierai à vos prescriptions. Cela dit, sachez que vous êtes seul responsable de votre intervention et que je me refuse, de ce fait, à vous payer quoi que ce soit ! » 

Le troisième fils, lui, rit ouvertement au visage du médecin et lui lança : « Mais qui donc a bien pu vous dire que j’étais malade ? Je n’ai mal nulle part. Je suis parfaitement bien portant ! » 

Ce troisième fils s‘avérant intraitable, il ne restait plus au médecin qu’à s’occuper des deux autres. Certains s’étonnèrent de le voir agir ainsi : « Puisque vous soignez déjà les deux frères, et gratuitement, pourquoi pas le troisième ? »

Le médecin leur répondit : « Tous les trois sont tombés malades pratiquement pour les mêmes raisons. D’une part, ils n’ont pas surveillé leur alimentation. D’autre part, leur comportement général laissait fort à désirer. Pour les guérir, il me fallait leur prescrire un régime particulièrement rigoureux qui consistait à leur interdire certaines nourritures, certains actes aussi, et bien sûr à leur faire prendre divers médicaments. Mais pour que ce traitement soit efficace, encore faut-il que le patient soit disposé à obéir au médecin de bon gré et même de mauvaise grâce. Or, il arrive qu’une personne soit malade au point d’ignorer totalement son état. Dans ce cas, le médecin ne peut rien pour elle, à moins que D.ieu ne la prenne en pitié. En effet, même si ce genre de malade prenait tous les médicaments nécessaires, cela ne lui serait d’aucune utilité, dès lors qu’il n’est pas disposé à modifier son comportement, ni à renoncer aux aliments nuisibles pour sa santé et qui sont la cause de sa maladie. »

La morale de l’histoire

Voilà pour l’histoire. Venons-en maintenant à la morale : 

Lorsque le peuple juif vivait sur sa terre, cette terre où la Présence Divine était ressentie tous les jours, à tout instant, d’un bout à l’autre de l’année, il était plus facile de ne pas dévier du bon chemin. Mais après que le peuple juif eut péché contre D.ieu et se fut éloigné de Lui, D.ieu s‘est, en quelque sorte, dissimulé de Son peuple.

Chassés de notre terre, nous avons dû partir pour un exil amer parmi des nations plongées au fin fond de l’impureté. C’est la raison pour laquelle notre esprit et notre âme ont contracté bien des maladies.

Cependant, l’Éternel qui est pour nous un Père plein de pitié et de clémence, désire ardemment nous guérir et nous délivrer de toutes nos impuretés. C’est pourquoi Il nous accorde ces merveilleux jours du mois d‘Eloul et de « Seli'hot » ainsi que les Jours Solennels (Roch Hachana et Yom Kippour) qui portent en eux ce remède divin appelé Techouva (repentir). Mais quel accueil réservons-nous à ce « médecin » ? Quelle attitude adoptons-nous à son égard ? 

Trois catégories de Juifs 

Il existe, en cette matière, trois catégories de Juifs.

Les premiers sont ceux qui, tout au long de l’année, font preuve d’une crainte parfaite de l‘Éternel. Ils veillent à ne commettre aucun péché. Leur existence tout entière est ainsi placée sous le signe de la Torah et des Mitsvot. Ceux-là, malgré tout, savent que la perfection n’est pas de ce monde, et que l’homme doit toujours s’efforcer d’être meilleur. Bien qu‘ils soient, spirituellement parlant, en excellente santé, ils se considèrent donc comme malades. L’approche des Jours Solennels les remplit de crainte, et ils s’efforcent donc de guérir par la Techouva (repentir), la Tefila (prière), la Tsedaka (charité), l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot. Ce que voyant, l’Éternel accepte leur repentir et leur envoie aussitôt une guérison spirituelle complète. 

Les Juifs qui appartiennent à la deuxième catégorie désirent, eux aussi, se soigner, mais à une condition : que ce traitement n’implique pour eux ni grand effort ni un quelconque changement dans leur emploi du temps. Ils comptent plutôt sur la bonté et la miséricorde de l’Éternel. Aussi ils attendent jusqu’au jour de Kippour, qui réveille en eux un sentiment de repentir, pour prendre la résolution d‘amender leur conduite. Ceux-là aussi, le médecin, en l’occurrence l’Éternel, les soigne avec bonté et miséricorde, et leur apporte ainsi la guérison. 

Malheureusement pour les Juifs de la troisième catégorie, ils sont des malades qui s’ignorent totalement, aveuglés par la certitude de se porter à merveille. Mais D.ieu, le « Médecin de toute chair », connaît parfaitement leur véritable état. Sur ces Juifs-là, ni les jours d’Eloul ni ceux des Seli'hot, ni même les Jours Solennels n’ont le moindre effet. Leur conduite générale ne s‘en trouve pas changée d’un iota. Que D.ieu ait pitié d’eux, car ils laissent délibérément passer une excellente occasion de se soigner et de recouvrer, de la sorte, la santé que D.ieu prodigue aux autres. 

Dans l’esprit du Maguid de Dubno, les trois frères malades de notre histoire sont assimilés aux trois catégories de personnes inscrites dans les trois Livres qui, à Roch Hachana, s’ouvrent devant l’Éternel : les Tsadikim (justes), les Beinonim (moyens) et les Rechaïm (impies). 

Un autre frère 

Mais il existe, de nos jours, des Juifs appartenant à une autre catégorie, tout à fait distincte des trois précédentes, au point de ne pouvoir s’intégrer à l’une ou à l’autre. 

Il s’agit des Juifs qui errent sur les chemins de la vie N’ayant jamais reçu la moindre éducation juive, ils n’ont aucunement conscience de leurs origines et de leur appartenance. Nombre d’entre eux savent à peine qu’ils sont juifs, mais n’ont aucune notion du mode de vie qui devrait être le leur.

Ces Juifs-là, nos Sages les assimilent à un tinok chénichba, c’est-à-dire à un petit enfant capturé par des non-juifs et vivant parmi eux. Ils sont le « Cinquième Fils », celui qui n’est pas même mentionné dans la Haggada de Pessa’h car il est absent de la table du Séder. C’est donc avec la plus grande douceur qu’il faut les aborder. II convient de leur raconter le judaïsme et la Torah pour leur en indiquer les chemins de la vie. Il faut le faire peu à peu, en les incitant à la pratique de Mitsvot positives, une Mitsva après l’autre, comme mettre les Tefiline, allumer les bougies du Chabbat, donner la Tsedaka (charité). C’est avec de telles chaînes d’amour que nous pourrons les approcher d’une vie pleine de Torah et pleine de Mitsvot.

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